Un camarade tombe dans la cour. Un adulte se sent soudainement mal. Une personne se blesse lors d’une sortie. Que peut faire un enfant face à une telle situation ?
Il n’a évidemment pas à remplacer un professionnel du secours. En revanche, il peut apprendre progressivement à observer une situation, demander de l’aide et donner l’alerte.
C’est même l’un des apprentissages prévus dans le dispositif Apprendre à Porter Secours (APS) à l’école primaire. Les ressources de l’Éducation nationale présentent l’enfant comme un véritable acteur de prévention. Dès la maternelle et jusqu’au cycle 3, les apprentissages progressent pour permettre à l’élève de se protéger, de protéger les autres, d’alerter et d’intervenir à son niveau.
L’enjeu ne consiste donc pas seulement à faire mémoriser un numéro de téléphone.
Savoir donner l’alerte, c’est comprendre qu’en présence d’une situation inhabituelle ou urgente, on peut agir. C’est savoir solliciter un adulte, expliquer ce que l’on voit, indiquer où l’on se trouve et répondre aux questions d’un professionnel.
Ces compétences peuvent être abordées très tôt lorsqu’elles sont enseignées avec des mots adaptés, des situations concrètes et une pédagogie rassurante.
À La Brigade du Cœur, cette philosophie est centrale : chaque enfant peut devenir un héros du quotidien, non pas en prenant des risques, mais en apprenant les bons réflexes. Jeux pédagogiques, mises en situation, chansons et sensibilisations permettent de transformer une notion parfois impressionnante — l’urgence — en apprentissage concret, progressif et positif.
Voyons comment apprendre aux enfants à donner l’alerte et surtout comment leur donner confiance pour agir.
Pourquoi apprendre à donner l’alerte dès l’enfance ?
L’alerte constitue un maillon essentiel de la chaîne des secours.
Les recommandations relatives aux Gestes Qui Sauvent la définissent comme l’action permettant d’informer un service d’urgence de la présence d’une ou plusieurs victimes et de transmettre les informations nécessaires. Cette alerte doit être rapide et précise afin de favoriser la mise en œuvre des secours.
Pour un enfant, l’objectif n’est évidemment pas de maîtriser immédiatement toutes les subtilités d’un appel d’urgence. L’apprentissage se construit progressivement.
Un apprentissage adapté à l’âge
Les repères de l’Éducation nationale proposent une véritable progression.
Au cycle 1, l’enfant apprend notamment à demander de l’aide à un adulte et peut participer à de petites saynètes dans lesquelles il doit reconnaître la nécessité d’alerter. Des simulations d’appels peuvent également être réalisées.
Au cycle 2, les situations deviennent plus précises. L’enfant apprend à décrire ce qui s’est passé, ce qu’il voit et la partie du corps éventuellement atteinte.
Au cycle 3, l’élève développe davantage son autonomie : il apprend à décrire précisément la situation et l’état d’une personne, à choisir un service de secours adapté et à réactiver les conduites apprises précédemment.
Cette progressivité est essentielle.
On ne demande pas à un enfant de maternelle de réagir comme un élève de CM2. On construit progressivement sa capacité à observer, communiquer et agir.
Développer des compétences qui dépassent le secourisme
Apprendre à donner l’alerte mobilise de nombreuses compétences.
L’enfant apprend à observer, à raconter un événement dans l’ordre, à utiliser un vocabulaire précis, à situer un lieu et à écouter son interlocuteur.
L’APS participe également au développement du sens civique et des compétences psychosociales des élèves. L’Éducation nationale souligne que cet apprentissage les rend acteurs de leur propre sécurité et de celle des autres.
Donner l’alerte devient ainsi un apprentissage de responsabilité, d’autonomie et de citoyenneté.
Donner l’alerte : quels numéros apprendre aux enfants
Les enfants peuvent être confrontés à plusieurs numéros d’urgence. L’objectif pédagogique doit rester clair : leur permettre de connaître des moyens simples d’obtenir de l’aide sans les noyer sous une accumulation de chiffres.
Les repères APS de l’Éducation nationale présentent notamment le 15, le 17, le 18, le 112 et le 114. Le document précise que certains numéros sont enseignés progressivement selon les cycles
Le 112 : un repère simple à mémoriser pour donner l’alerte
Le 112 est le numéro d’appel d’urgence européen. Il constitue un repère particulièrement intéressant à travailler avec les enfants.
Les recommandations de sécurité civile indiquent également le 15 pour le SAMU, le 18 pour les sapeurs-pompiers et le 114, notamment accessible aux personnes sourdes ou malentendantes selon différents moyens de communication.
Pour les plus jeunes, la mémorisation gagne cependant à rester simple.
C’est notamment pour cela que La Brigade du Cœur a développé la chanson éducative « Un, Un, Deux… Action ! » : associer rythme, répétition et plaisir permet de travailler la mémorisation du 112 tout en donnant du sens au numéro appris.
L’enfant ne doit pas seulement pouvoir réciter « 112 ».
Il doit progressivement comprendre pourquoi et quand appeler.
Comment apprendre à un enfant à donner l’alerte ?
Pour rendre cet apprentissage accessible, on peut le décomposer en quelques réflexes simples.
1. Observer avant d’agir
Avant toute chose, l’enfant doit apprendre à regarder ce qui se passe sans se mettre lui-même en danger.
Y a-t-il un danger ? Quelqu’un est-il blessé ? Un adulte est-il disponible ? Où se trouve-t-on ?
La protection reste un préalable important. Les ressources APS apprennent notamment aux élèves à identifier les dangers et à se mettre hors de danger avant d’agir.
Le message pédagogique peut être très simple :
« Je regarde, je reste en sécurité et je cherche de l’aide. »
L’enfant n’a pas à se précipiter vers une situation dangereuse pour « jouer au sauveteur ».
Aider, c’est parfois précisément rester à distance et prévenir quelqu’un.
2. Savoir expliquer ce qui se passe
Une fois le contact établi avec un adulte ou un service de secours, il faut pouvoir transmettre des informations utiles.
Les recommandations GQS précisent que les informations minimales comprennent notamment la nature du problème, la localisation la plus précise possible et, lorsqu’il y a plusieurs victimes, leur nombre. L’appelant répond ensuite aux questions et applique les consignes données.
Avec les enfants, on peut traduire cela en questions simples :
Où suis-je ? Que s’est-il passé ? Qui a besoin d’aide ? Que vois-je ?
Cette compétence mérite d’être entraînée.
Un enfant peut connaître parfaitement le 112 et néanmoins être déstabilisé lorsqu’on lui demande son adresse ou ce qu’il vient de voir.
C’est pourquoi l’apprentissage doit aller au-delà de la mémorisation du numéro.
3. Apprendre à se situer
Savoir dire où l’on se trouve est une compétence fondamentale pour donner l’alerte.
À la maison, l’enfant peut progressivement mémoriser son adresse. À l’école, il peut connaître le nom de l’établissement et de la commune. Lors d’une activité extérieure, il peut apprendre à repérer des indices : nom d’une rue, bâtiment, parc, magasin, panneau ou autre point de repère.
Les ressources APS proposent d’ailleurs des activités spécifiques autour de la localisation. Au cycle 1, des jeux consistent par exemple à cacher des objets et à décrire leur emplacement ; au cycle 3, les outils cartographiques peuvent servir à apprendre à décrire précisément un lieu.
On travaille alors simultanément le secourisme, le langage et le repérage spatial.
4. Répondre aux questions
Un appel d’urgence est un échange.
L’enfant doit comprendre qu’il n’a pas besoin de tout savoir avant d’appeler. Le professionnel qui répond va lui poser des questions.
Les recommandations officielles demandent à l’appelant de répondre aux questions, appliquer les consignes et raccrocher sur instruction de l’opérateur.
C’est un point particulièrement rassurant pour les enfants.
Ils n’ont pas besoin de devenir experts des premiers secours avant d’être utiles.
Ils doivent apprendre à écouter.
5. Ne pas raccrocher de sa propre initiative
Dans une simulation pédagogique, il est intéressant d’apprendre une dernière règle :
« J’écoute et j’attends qu’on me dise que je peux raccrocher. »
Les services de secours peuvent conserver l’appelant en ligne pour lui donner des conseils ou le guider jusqu’à l’arrivée des secours.
Ce simple réflexe peut être travaillé très facilement grâce au jeu de rôle.
Pourquoi les mises en situation fonctionnent-elles si bien ?
On apprend difficilement à gérer une situation concrète uniquement en regardant une affiche.
Pour apprendre à donner l’alerte, l’enfant doit pouvoir expérimenter sans être placé en danger.
C’est tout l’intérêt des saynètes et jeux de rôle.
Transformer la classe en terrain d’apprentissage
Un téléphone factice suffit.
L’enseignant ou l’intervenant joue l’opérateur des secours. Un enfant reçoit une carte décrivant une situation :
« Un camarade est tombé dans la cour. »
L’enfant doit alors observer la scène, solliciter de l’aide, indiquer le lieu et expliquer ce qu’il voit.
On inverse ensuite les rôles.
L’Éducation nationale recommande précisément ce type de petites saynètes dans la progression APS, depuis la maternelle jusqu’au cycle 3. Elle suggère également l’utilisation d’enregistrements afin de vérifier collectivement la clarté du message transmis.
L’erreur devient alors un outil pédagogique.
L’enfant peut recommencer, chercher ses mots, être aidé par ses camarades et améliorer progressivement son message.
Apprendre en jouant pour mieux mémoriser
Cette pédagogie correspond pleinement à l’approche de La Brigade du Cœur.
Les sensibilisations aux gestes de premiers secours associent explications accessibles, outils pédagogiques, jeux et mises en situation. L’objectif est de faire participer l’enfant plutôt que de le placer uniquement dans une posture d’écoute.
Une carte « situation », un téléphone factice, une chanson ou un défi collectif peuvent ainsi devenir de véritables supports d’apprentissage.
Le jeu ne retire rien au sérieux du sujet.
Il permet au contraire de rendre l’apprentissage accessible, mémorisable et rassurant.
Le 112 s'apprend aussi en chanson !
Une chanson ludique et entraînante pour aider les enfants à mémoriser le 112
Apprendre à alerter sans faire peur
Parler d’accident ou d’urgence avec des enfants demande une attention particulière.
Il ne s’agit pas d’énumérer des catastrophes possibles.
Le message essentiel est positif :
« Si quelque chose arrive, tu peux demander de l’aide. »
Valoriser la capacité d’action
Face à une situation inhabituelle, l’enfant peut ressentir de la peur. L’objectif pédagogique n’est pas de supprimer cette émotion mais de lui fournir des repères simples.
Je regarde.
Je me protège.
Je demande de l’aide.
J’appelle si nécessaire.
J’explique.
J’écoute.
Cette succession d’actions transforme une situation inconnue en cheminement compréhensible.
Les repères APS soulignent d’ailleurs l’importance des compétences psychosociales, notamment la gestion des émotions et du stress, pour être capable d’agir efficacement dans une situation dangereuse.
Ne pas transformer l’enfant en « petit adulte »
Former les enfants aux premiers secours ne signifie pas leur transférer la responsabilité des adultes.
Il faut au contraire poser clairement leurs limites.
Un enfant ne doit jamais se mettre en danger pour intervenir. Il doit demander l’aide d’un adulte lorsqu’un adulte est disponible. Les apprentissages techniques doivent rester adaptés à son âge, à son développement et au cadre pédagogique.
Cette approche permet de développer la confiance sans créer une responsabilité excessive.
L’école, un lieu privilégié pour apprendre à donner l’alerte
L’école constitue un environnement particulièrement adapté à cet apprentissage.
L’APS s’inscrit dans un continuum éducatif qui commence dès le cycle 1 et se poursuit au fil de la scolarité. Il ne constitue pas une discipline isolée : il peut être relié au langage, à l’enseignement moral et civique, à l’EPS, aux sciences ou encore au repérage dans l’espace.
Une séance consacrée à l’alerte peut ainsi travailler plusieurs compétences simultanément.
L’élève apprend à construire une phrase compréhensible, écouter une question, décrire précisément une situation, se situer et coopérer avec ses camarades.
Les interventions de La Brigade du Cœur
Les interventions scolaires de La Brigade du Cœur peuvent accompagner les établissements dans cette démarche.
L’approche consiste à proposer des sensibilisations aux gestes de premiers secours adaptées aux capacités des enfants, en utilisant des outils pédagogiques, des jeux, des mises en situation et une approche ludique.
L’inclusion fait également partie des valeurs fondamentales du projet. Les apprentissages doivent pouvoir être adaptés aux capacités des participants afin que chacun puisse prendre part à l’activité. Cette logique rejoint d’ailleurs les recommandations GQS, qui prévoient l’adaptation de la formation et des exercices pratiques pour les participants en situation de handicap.
Donner l’alerte peut donc être travaillé avec des supports visuels, des pictogrammes, des scénarios simplifiés, des répétitions supplémentaires ou des moyens de communication adaptés.
L’objectif reste identique : permettre à chacun d’agir à son niveau.
5 activités pour apprendre aux enfants à donner l’alerte
Voici une séquence facilement adaptable en classe ou en accueil collectif :
- Le téléphone des secours : un enfant tire une carte « situation » et simule un appel pendant qu’un adulte joue l’opérateur.
- Où sommes-nous ? : les élèves doivent décrire suffisamment précisément un endroit de l’école pour qu’un autre groupe puisse le retrouver.
- Que s’est-il passé ? : une image ou une petite saynète est présentée pendant quelques secondes, puis l’enfant doit expliquer ce qu’il a observé.
- Le défi 112 : utiliser une comptine, une chanson ou un jeu de cartes pour associer le numéro à la notion d’urgence et non à un simple exercice de mémorisation.
- L’appel presque parfait : l’adulte joue volontairement un appel incomplet — pas de lieu, description confuse, raccrochage trop rapide — et les enfants doivent retrouver ce qui manque.
Ces activités suivent une logique présente dans les ressources APS : observer, verbaliser, jouer une situation puis transférer l’apprentissage dans la vie réelle.
Conclusion : apprendre à donner l’alerte, c’est déjà apprendre à secourir
Former les enfants à donner l’alerte ne consiste pas à leur demander de devenir secouristes avant l’heure.
Il s’agit de leur transmettre quelques compétences essentielles : reconnaître qu’une situation nécessite de l’aide, rester en sécurité, solliciter un adulte, appeler les secours lorsque cela est nécessaire, expliquer ce qui se passe et écouter les consignes.
Ces apprentissages peuvent commencer très tôt et évoluer avec l’âge. Le dispositif APS prévoit précisément cette progression du cycle 1 au cycle 3.
Et surtout, cet apprentissage transmet quelque chose de plus large qu’un numéro d’urgence.
Il dit à l’enfant :
« Tu peux agir à ton niveau. »
C’est une formidable manière de développer autonomie, confiance, solidarité et citoyenneté.
À La Brigade du Cœur, nous croyons que les gestes qui sauvent doivent être accessibles à tous. Grâce aux interventions scolaires, aux outils éducatifs, aux jeux et aux actions inclusives, l’apprentissage devient une expérience concrète et positive.
Parce qu’un enfant qui sait observer, demander de l’aide et donner une information utile possède déjà un pouvoir précieux : celui de devenir le premier maillon de la chaîne des secours.
Chacun peut agir à son niveau pour protéger, alerter et secourir.
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