Et si apprendre à devenir citoyen commençait autour d’un jeu ?
Coopérer pour résoudre une situation, observer son environnement, repérer un danger, expliquer son choix à un camarade, demander de l’aide ou réfléchir à la meilleure façon de protéger quelqu’un… Derrière des activités qui paraissent simples se cachent de nombreux apprentissages essentiels.
Associer jeux et citoyenneté permet de rendre des notions parfois abstraites beaucoup plus concrètes pour les enfants. Au lieu de seulement entendre qu’il faut être prudent, solidaire ou responsable, ils expérimentent ces attitudes dans un cadre adapté à leur âge.
Cette approche trouve tout son sens dans l’éducation à la prévention et aux premiers secours. Les ressources de l’Éducation nationale présentent d’ailleurs l’enfant comme un véritable acteur de prévention. Le dispositif Apprendre à Porter Secours (APS), déployé du cycle 1 au cycle 3, participe au développement du sens civique et apprend progressivement aux élèves à se protéger, protéger les autres, alerter et intervenir.
Le jeu constitue alors un formidable terrain d’apprentissage. Une situation à observer, une mission à accomplir, un jeu de rôle ou une énigme permettent de réfléchir avant d’agir, de verbaliser les bons comportements et de mémoriser progressivement les réflexes utiles.
C’est précisément la philosophie portée par La Brigade du Cœur : permettre aux enfants de découvrir la prévention et les gestes qui sauvent grâce à des chansons, des jeux, des outils pédagogiques et des actions de sensibilisation accessibles, positives et inclusives. L’objectif n’est pas de transformer les enfants en secouristes adultes, mais de leur montrer qu’eux aussi peuvent agir à leur niveau.
Voyons pourquoi le jeu constitue un outil particulièrement intéressant pour transmettre la citoyenneté, comment l’utiliser pour parler de prévention et de premiers secours, et quelles activités peuvent être mises en place à l’école, en accueil de loisirs ou en famille.
Pourquoi associer jeux et citoyenneté ?
La citoyenneté ne se résume pas à connaître des règles. Elle se construit aussi dans les comportements du quotidien : écouter l’autre, coopérer, respecter des consignes collectives, identifier les conséquences de ses actes, prendre soin de soi et des autres.
Le jeu permet justement de mettre ces compétences en mouvement.
Apprendre en devenant acteur
Un enfant auquel on dit « attention, c’est dangereux » reçoit une information. Un enfant auquel on présente une situation et auquel on demande « qu’est-ce qui pourrait être dangereux ici ? » commence à raisonner.
La différence est importante.
Dans le second cas, l’enfant observe, formule une hypothèse, échange avec les autres et cherche une solution. Il devient acteur de l’apprentissage.
Les ressources pédagogiques consacrées à APS proposent précisément ce type de démarche. Au cycle 2, par exemple, les élèves peuvent identifier les dangers présents dans l’école, photographier des lieux présentant un risque, les signaler sur un plan ou mettre en scène des situations et leurs solutions.
On ne demande donc pas seulement à l’enfant de mémoriser une interdiction. On l’aide à comprendre pourquoi un comportement est plus sûr qu’un autre.
Coopérer plutôt que simplement gagner
Un jeu citoyen peut également déplacer l’objectif traditionnel du jeu.
Il ne s’agit plus nécessairement d’être le premier ou d’accumuler le plus de points. Le groupe peut avoir une mission commune :
- trouver tous les dangers d’une scène
- mettre un personnage en sécurité
- reconstituer les informations nécessaires pour donner l’alerte
- résoudre ensemble une situation
- expliquer une règle de prévention à une autre équipe.
La réussite devient collective.
Les enfants apprennent ainsi à écouter les propositions des autres, argumenter, partager les rôles et prendre une décision commune.
Autrement dit, jouer peut aussi apprendre à faire équipe.
Et cela correspond pleinement à l’esprit de La Brigade du Cœur : une « brigade » dans laquelle chacun peut apporter quelque chose, quel que soit son âge ou ses capacités.
Jeux et citoyenneté : apprendre la prévention par l'expérience
Observer avant d’agir
Avant même de parler de gestes de premiers secours, un apprentissage fondamental consiste à apprendre à regarder son environnement.
- Y a-t-il un danger ?
- Puis-je m’approcher ?
- Que pourrait-il se passer ?
- Comment éviter l’accident ?
Dans les ressources APS, la distinction entre danger et risque est travaillée dès l’enfance : le danger constitue une source possible d’accident, tandis que le risque apparaît lorsqu’une personne est exposée à ce danger.
Cette notion peut sembler théorique. Avec un jeu, elle devient beaucoup plus facile à comprendre.
Prenons une illustration représentant une cuisine.
Les enfants peuvent chercher :
- une casserole accessible
- un produit ménager mal rangé
- un objet coupant
- un liquide renversé au sol
L’adulte peut ensuite demander : « Quel est le danger ? Qui pourrait être exposé ? Que pourrait-on faire pour éviter l’accident ? »
Le jeu d’observation devient alors une véritable activité d’éducation à la prévention.
Jouer des situations pour apprendre à se protéger
Le jeu de rôle est également particulièrement intéressant.
Les ressources de l’Éducation nationale proposent notamment de partir de scènes d’accidents pouvant survenir à l’école ou à la maison : brûlure, coupure, chute… Les élèves réfléchissent à la cause de l’accident, aux dangers encore présents et à la manière de protéger les personnes avant de jouer une saynète avec du matériel neutralisé.
Cette pédagogie permet de faire comprendre un principe essentiel :
aider quelqu’un ne signifie pas se mettre soi-même en danger.
L’enfant apprend progressivement à observer avant d’intervenir.
Cette compétence dépasse largement le secourisme. Elle développe une attitude réfléchie face au risque et encourage la responsabilité.
Le jeu peut-il vraiment aider à apprendre les gestes qui sauvent ?
Oui, à condition de respecter le développement et les capacités de l’enfant.
Le dispositif APS tient justement compte du développement cognitif et psychomoteur de l’élève ainsi que de son accès progressif à l’autonomie. Les activités proposées permettent d’aborder des principes simples pour porter secours et de faire des élèves des acteurs de leur sécurité et de celle des autres.
Une progression adaptée à l’âge
Un enfant de maternelle, un élève de CE2 et un collégien ne peuvent évidemment pas recevoir exactement le même enseignement.
Avec les plus jeunes, on peut commencer par :
repérer – comprendre – prévenir – demander de l’aide.
Puis les apprentissages évoluent progressivement.
C’est le principe du continuum éducatif aux premiers secours. APS constitue la première étape à l’école primaire ; d’autres apprentissages viennent ensuite enrichir le parcours de l’élève.
La sensibilisation aux Gestes Qui Sauvent constitue elle-même une première marche vers un parcours plus complet de citoyen sauveteur.
L’objectif n’est donc pas d’aller trop vite, mais de construire des compétences progressivement.
Répéter sans donner l’impression de répéter
C’est l’un des grands intérêts du jeu.
Pour mémoriser une information, il est souvent nécessaire d’y revenir. Mais répéter exactement le même exercice peut rapidement perdre l’attention d’un enfant.
Le jeu permet de réinvestir une même notion sous plusieurs formes.
Par exemple, pour travailler l’alerte, on peut successivement :
- observer une image
- identifier ce qui s’est passé
- jouer une petite scène
- choisir les informations utiles
- simuler un appel avec un téléphone factice
- utiliser une chanson ou un support visuel pour renforcer la mémorisation
La notion reste la même, mais l’expérience change.
La Brigade du Cœur développe précisément cette approche en associant outils éducatifs, jeux pédagogiques et univers musical, notamment avec la chanson « Un, Un, Deux… Action ! », pensée pour faciliter la mémorisation du 112.
Les jeux éducatifs
Des jeux éducatifs et outils pédagogiques pour découvrir la prévention, les gestes de premiers secours, la santé et la sécurité tout en s’amusant.
5 idées de jeux citoyens autour de la prévention
Il n’est pas nécessaire de disposer d’un matériel complexe pour commencer. Voici cinq activités faciles à adapter.
1. La chasse aux dangers
Préparez une image représentant une pièce de la maison, une classe ou une cour avec plusieurs situations à observer.
Mission : trouver les dangers puis proposer une solution.
L’enfant ne doit pas seulement dire « c’est dangereux ». Encouragez-le à expliquer :
« Je vois… »
« Cela pourrait… »
« Pour éviter l’accident, on pourrait… »
Cette activité s’inspire directement de démarches pédagogiques proposées dans les ressources APS pour identifier les dangers de l’environnement familier.
2. Le défi « Je protège sans me mettre en danger »
Présentez une situation fictive : un objet est tombé, un passage est encombré ou une zone doit être évitée.
Demandez :
« Que peux-tu faire sans te mettre en danger ? »
Les enfants proposent leurs solutions puis les comparent.
On travaille ainsi une idée fondamentale : la première action n’est pas forcément de se précipiter vers la victime.
3. Le relais de l’alerte
Formez de petites équipes.
Une carte indique une situation fictive. Les enfants doivent retrouver les informations importantes pour expliquer clairement ce qui se passe à un adulte ou, dans un scénario pédagogique encadré, aux secours.
L’objectif n’est pas la vitesse. C’est la qualité de l’information.
4. Le conseil des petits citoyens
Après une activité, rassemblez les enfants.
Une situation est proposée : « Comment rendre notre salle d’activité plus sûre ? »
Chaque groupe formule une proposition.
Le conseil choisit ensuite plusieurs actions réalisables.
Cette activité associe prévention, expression orale, écoute et décision collective.
5. La mission entraide
Créez un jeu dans lequel personne ne peut gagner seul.
Chaque enfant reçoit une information différente. Le groupe doit partager les indices pour résoudre une situation de prévention.
Cette mécanique transmet un message particulièrement important :
nous sommes souvent plus efficaces lorsque nous coopérons.
Des outils pédagogiques qui donnent envie de participer
L’apprentissage par le jeu est déjà présent dans les ressources pédagogiques institutionnelles consacrées à la prévention.
L’exemple de Riskou
Le dispositif Riskou associe notamment un album, une application numérique et différentes activités permettant à l’enfant de réfléchir à son exposition aux risques dans la vie quotidienne.
La démarche amène les élèves à accompagner un personnage dans plusieurs environnements familiers : cuisine, salle de bain, chambre, salon, jardin, école, rue ou aire de loisirs. Les enfants doivent identifier des dangers, anticiper leurs conséquences et réinvestir leurs découvertes.
Les ressources pédagogiques prévoient notamment des ateliers de trois ou quatre enfants, avec des activités de langage autour des risques et des moyens d’éviter de se mettre en danger.
L’intérêt dépasse donc largement l’écran : le numérique devient un support pour observer, parler, argumenter et apprendre ensemble.
Manipuler pour comprendre
D’autres supports, comme la « Malle aux dangers », invitent les enfants des cycles 1 et 2 à observer, nommer, classer des objets et évaluer leur potentiel de risque. Le travail peut également porter sur les pictogrammes présents sur certains produits.
C’est une excellente illustration de ce que peut apporter un outil pédagogique bien conçu.
L’enfant ne reçoit pas uniquement une consigne.
Il manipule, cherche, compare et verbalise.
L'approche de La Brigade du Cœur
C’est aussi dans cette logique que s’inscrivent les interventions scolaires et sensibilisations aux gestes de premiers secours de La Brigade du Cœur.
L’approche se veut ludique, progressive et accessible. Les jeux et outils pédagogiques servent de médiateurs pour susciter la participation et permettre aux enfants d’apprendre à leur rythme.
Cette démarche peut également être adaptée dans le cadre d’actions inclusives, notamment auprès de personnes en situation de handicap. Les supports, consignes, rythmes, modalités de participation ou situations proposées peuvent être ajustés aux capacités des participants.
L’enjeu reste le même : rendre l’apprentissage possible pour le plus grand nombre.
Faire du jeu un outil citoyen à l'école, en ALSH et en famille
Les jeux autour de la prévention ne sont pas réservés à la salle de classe.
À l’école
Une activité peut s’intégrer dans une démarche APS, dans l’enseignement moral et civique ou dans un projet transversal.
La prévention peut aussi être reliée à la sécurité routière, aux risques domestiques ou aux exercices du PPMS. Les ressources nationales présentent précisément APS comme un enseignement pouvant s’articuler avec ces différentes éducations transversales.
En accueil de loisirs
L’ALSH offre un contexte particulièrement intéressant pour expérimenter.
Un grand jeu peut intégrer plusieurs missions : observer, coopérer, résoudre une énigme, donner l’alerte ou aider un personnage fictif.
Les animateurs peuvent ainsi travailler la prévention sans reproduire un format scolaire.
En famille
La maison est elle aussi un formidable terrain pédagogique.
Un défi très simple consiste à faire le tour d’une pièce avec l’enfant et à lui demander :
« Qu’est-ce qui pourrait provoquer un accident ici ? »
Puis :
« Que pouvons-nous changer ensemble ? »
L’enfant participe ainsi à la solution au lieu de simplement recevoir une série d’interdictions.
Pour des publics aux besoins spécifiques
Une activité citoyenne n’est réellement inclusive que si chacun peut participer.
Selon les besoins, il est possible de prévoir :
- davantage de supports visuels
- des pictogrammes
- des consignes simplifiées
- une démonstration avant l’activité
- plus de temps
- une activité en binôme
- du matériel facilement manipulable
- des répétitions
- différents moyens de répondre ou de communiquer.
Adapter ne signifie pas diminuer l’ambition pédagogique. Cela consiste à créer plusieurs chemins pour atteindre un objectif commun.
Jeux et citoyenneté : former des acteurs du quotidien
Apprendre les premiers secours à un enfant ne consiste pas seulement à lui montrer une succession de gestes.
Il s’agit aussi de développer une manière de regarder le monde.
Observateur.
Identifier un risque.
Réfléchir.
Se protéger.
Demander de l’aide.
Coopérer.
Alerter.
Agir à son niveau.
Les ressources officielles consacrées à APS soulignent d’ailleurs que cet apprentissage contribue à construire une éducation à la responsabilité et à permettre à l’enfant de devenir progressivement une personne capable de se maintenir en sûreté et de porter secours par des actions simples.
Le jeu offre un cadre particulièrement favorable pour développer cette posture sans dramatiser les situations d’urgence.
L’enfant peut essayer, réfléchir, se tromper, recommencer et discuter de ses choix.
Et surtout, il découvre une idée essentielle : son action peut compter.
Conclusion
Associer jeux et citoyenneté, ce n’est pas choisir entre apprendre et s’amuser. C’est utiliser le jeu comme un véritable moyen d’apprentissage.
À travers une chasse aux dangers, un jeu coopératif, une mise en situation ou un outil pédagogique, les enfants peuvent progressivement apprendre à observer leur environnement, anticiper un risque, protéger sans se mettre en danger, communiquer et coopérer.
Ces apprentissages prennent une dimension particulière lorsqu’ils sont associés à la prévention et aux premiers secours. Ils donnent aux enfants des repères concrets pour devenir acteurs de leur propre sécurité et attentifs à celle des autres.
Cette démarche doit rester progressive et adaptée à l’âge, au développement et aux capacités de chaque participant. Elle peut commencer très tôt, avec des situations simples, avant de s’enrichir tout au long du parcours éducatif.
C’est l’ambition portée par La Brigade du Cœur à travers ses interventions, ses sensibilisations aux gestes de premiers secours et ses outils pédagogiques : créer des expériences positives dans lesquelles chaque enfant peut participer, comprendre et prendre confiance.
Parce qu’un citoyen ne se construit pas uniquement en apprenant des règles. Il se construit aussi en expérimentant l’entraide, la responsabilité et la solidarité.
Et parfois, tout commence par un jeu.
Chacun peut agir à son niveau pour protéger, alerter et secourir.
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